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3e journée du procès de l’affaire Dangnivo : le Colonel Séverin Koumassegbô fait des révélations, la Cour demande des vérifications

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Au tribunal de Cotonou, le procès de l’affaire de disparition de Pierre Urbain Dangnivo a abordé sa troisième journée ce jeudi 13 mars 2025. Les deux premières journées ont été riches en déclarations, en révélations, en témoignages et bien d’autres. Ce jeudi s’annonce donc décisif dans ce procès pour la manifestation de la vérité.

Tous sont déjà installés dans la salle d’audience et la Cour a annoncé la reprise de l’audience en mettant en garde les témoins qui seront écoutés à la barre « Les témoins qui vont passer doivent faire attention à leurs déclarations », a laissé entendre le président de la Cour, rappelant que le procès durera plus longtemps que prévu. Il ne prendra pas fin ce vendredi comme annoncé.

Un médecin et un huissier de justice livrent les résultats de leurs missions 

À l’ouverture de l’audience, Cédric BIGOT, médecin légiste a été invité à la barre pour présenter les missions qui lui ont été assignées. Il a commencé en indiquant que lorsque les tissus du reste du corps qu’il veut examiner ne sont pas putréfiés, ils sont encore identifiables aisément.

En détail, il dit avoir effectué des prélèvements sanguins et salivaires sur les membres de la famille Dangnivo notamment son épouse et ses enfants. Après les prélèvements de tissus réalisés à la morgue d’Akpakpa, il s’est également rendu au laboratoire de la FSS, chez le professeur Anatole LALEYE, afin de prélever des tissus mous destinés à un laboratoire français en mission à Cotonou.

Accompagné d’un huissier, il a examiné les restes du corps, constatant l’absence de certains os. Il a souligné qu’avec le fémur, il est beaucoup plus sûr de retrouver de l’ADN.

À son tour, Me. Brice Tokpanou, huissier de justice a indiqué devant le tribunal qu’il n’était pas sur les lieux le jour de l’exhumation et que sa mission n’avait commencé que le lendemain, c’est-à-dire le 28 août 2010 à la morgue Proci « A la morgue de Proci, j’ai juste identifié un corps humain dans une trousse, que j’ai scellé », a-t-il expliqué.

Le frère de l’accusé Donatien Amoussou se confie à la barre 

La Cour a reçu en visioconférence depuis la Côte d’Ivoire, le frère aîné de l’accusé Donatien Amoussou

Il s’agit d’Augustin Amoussou « Je me suis retranché au Ghana pour rester un peu loin parce que les menaces devenaient trop.. Au début j’écoutais le Colonel Koumassègbo mais à un moment, j’ai commencé par douter. Et donc à partir de là, j’ai commencé par voir en ce qu’il me disait des menaces ».

Partie civile: Est-ce-que vous pensez que Donatien AMOUSSOU est cupide ?

Augustin Amoussou : « Avec tout le temps que j’ai passé avec lui depuis l’enfance, Non…»

Vous avez noté que Priso qui avait les informations était resté libre de ses mouvements. Qu’est-ce-que cela vous inspire et aujourd’hui où est Priso ?

Il a coupé contact avec moi. Depuis il a commencé par me fuire. Son numéro ne passait plus. Il a disparu des radars et je n’ai plus eu contact avec lui jusqu’à ce jour.

Donatien AMOUSSOU est quelqu’un de très généreux. Je ne le connais pas cupide.

Cour : Est-ce que vous êtes allés dîner un soir avec votre frère à la place des Martyrs avec Akpaki et un autre?

AA : Je crois qu’on est allé voir le directeur mais je n’ai plus survenance des personnes

Cour : Vous avez noté que Prizo qui était détenteur de l’information est libre. Qu’est-ce que ça vous inspire et où est Prizo ?

AA : Prizo n’est plus en contact avec moi depuis que j’ai dis que je vais parler à la presse.

Partie civile : quand votre frère vous a contacté, pourquoi vous n’êtes pas allés à la police ?

AA : L’information passait sur l’Ortb. Comme je connaissais le DG, mon réflexe a été de l’appeler. Après quand on est allé chez le chef de la sécurité du chef de l’Etat, ce dernier a appelé policier et gendarme. Donc moi, je me suis dit que les autorités avaient pris le dossier en main.

Président de céans : en septembre 2010, est-ce-que votre frère était toujours en activité à la SAGAM ?

AA : je ne sais pas exactement

Procureur : Que pouvez-vous nous dire concernant les difficultés qu’il a connues à la SAGAM ?

AA : Je sais qu’après l’armée il a travaillé à la SAGAM. Je suis quelqu’un qui voyage beaucoup. Donc quand je suis revenu, il n’était plus là. Donc je ne pourrais vous dire le contenu de ces difficultés. Puisqu’on n’a pas eu le temps d’en discuter. Il avait déjà quitté normalement la SAGAM avant que je l’introduise au Colonel KOUMASSEGBÔ.

Procureur : Que pouvez-vous nous dire de la moralité de Donatien AMOUSSOU ?

AA : Quand Donatien dit Non, il ne revient plus sur sa décision.

Un roi des Throns et Alofa déposent

La cour a reçu, en tant que témoin, un homme qui a été emprisonné pendant 5 ans dans cette affaire. Il s’appelle Jérôme Tchiapè, Roi des Throns au moment des faits

Jérôme T. : Je n’ai jamais entendu parler d’un Urbain DANGNIVO et je n’ai jamais entendu ce nom de famille. Quand on nous a déférés à la prison, j’ai demandé à ALOFA qui était le DANGNIVO en question mais il ne m’a donné aucune réponse.

Le 1er octobre 2010, des agents du GIGN sont venus à mon domicile et ont braqué des armes sur moi. Sans vraiment rien me dire, ils m’ont conduit à la gendarmerie de Ouidah. Arrivé sur les lieux, ALOFA est sorti et m’a accusé d’être le commanditaire de l’assassinat de Pierre Urbain DANGNIVO. J’étais surpris quand il a dit cela parce qu’ALOFA et moi, c’est une histoire d’argent qui nous liait. De ce fait, je lui ai demandé qui était DANGNIVO et pourquoi j’étais accusé d’un tel acte.

Il explique devant la cour que depuis 2010 jusqu’à ce jour, il se demande toujours comment il a pu se retrouver mêler à ce dossier.

…………………

Jérôme T. a par ailleurs déclaré « Je n’ai plus le numéro avec lequel je communiquais avec Alofa à cette époque. Quand je l’ai connu, je savais juste qu’il s’appelait Alofa Codjo. Je ne sais pas si c’est lui-même qui s’est donné Cossi. Je ne connais Donatien AMOUSSOU de nulle part. Les 5 ans que j’ai passés en prison m’ont gâché beaucoup de choses », a-t-il indiqué, rappelant n’avoir pas eu ses 500.000f jusqu’à ce jour et qu’il aurait tout perdu dans cette affaire. Il a donc déposé un document dans lequel il réclame dédommagement.

Dans ses propos, il a avoué que c’est sur ordre du gendarme Lucien DEGBO qu’il aurait accusé Jérôme Tchiapè dans cette affaire. ALOFA a aussi confirmé que Donatien Amoussou n’a aucune connaissance de l’affaire DANGNIVO ainsi que Jérôme Tchiapè.

« À ce moment-là, moi je ne savais même pas que c’était le TCHIAKPE Jérôme qui était encore Dada Gbêzé. Un jour, on m’a dit qu’il y a un certain DADA GBÊZÉ, roi de thron, qui se trouve à Ouidah. Et qu’arrivé là-bas, si les agents parviennent à lui mettre la main dessus, alors je devrais dire que c’est lui qui m’a demandé de mettre fin à la vie de DANGNIVO.

C’est vrai qu’une histoire d’argent nous liait. Une somme de 500.000f »..

Dépositions du Colonel Séverin 

Le Colonel Severin Koumassegbô appelé à la barre. Il est un ancien chef de sécurité de Boni Yayi et est à la retraite.

Ministère public : Colonel Komassegbô qu’avez-vous à avoir avec la disparition et l’assassinat éventuel de Dangnivo ?

Colonel Koumassegbô : Je n’ai rien à avoir dans cette histoire.. Je rends grâce à Dieu de m’avoir permis de tomber sur des éléments pour remonter la piste… On a entendu que DANGNIVO a été tué pour des raisons politiques…Le téléphone ZEKEDE que m’a apporté un certain Priso, a permis de trouver une piste…

Le Colonel Séverin Koumassegbô : « Le seul que je connaisse ici, c’est Donatien AMOUSSOU. C’était un vendredi soir, autour de 21h, que j’ai reçu l’appel de l’ancien directeur de l’ORTB, AKPAKI, qui me demandait si j’étais disponible pour recevoir certains de ses amis. Je lui ai répondu que j’étais occupé et j’ai demandé à ce qu’on reporte le programme au samedi. Mais après, je me suis rendu compte que je devais aller à un enterrement. J’ai donc rappelé le DG pour remettre le programme au dimanche. On ne s’est plus vus ce jour-là. J’avais oublié jusqu’au lundi soir, le DG m’a rappelé et disait que ses amis étaient toujours là. Quelques minutes après, il est venu accompagné d’Auguste AMOUSSOU, de Donatien AMOUSSOU et d’un certain Priso, qui est camerounais…

La garde présidentielle est différente de la garde rapprochée. Moi, j’étais le chef de la garde rapprochée. Depuis 15 ans, je ne connais plus le nom des autres personnes de l’effectif de la garde rapprochée du chef de l’État, je suis sincère.

Dans la suite de ses déclarations, le colonel a indiqué n’avoir jamais remis 500 000 F à Donatien AMOUSSOU, ni 2 millions à Priso. À l’en croire, Auguste AMOUSSOU lui a dit que Donatien AMOUSSOU était un militaire puni. Je n’ai rien à voir avec la disparition de Pierre Urbain DANGNIVO et l’éventuel assassinat de DANGNIVO.

Confrontation entre le Colonel Séverin Koumassegbô et Donatien Amoussou à la barre 

Donatien AMOUSSOU : il est venu chez moi trois fois.La première fois je suis allé le chercher quelque part mais les deux autres fois il est venu de lui-même.

Séverin KOUMASSEGBÔ : Je n’ai jamais été chez lui une fois. J’ai plutôt été chez son grand frère.

Donatien AMOUSSOU : Priso n’a reçu aucune menace concernant le téléphone Zékédé. Ça a quitté la Présidence. Je suis encore en vie, heureusement. Le colonel m’a appelé chez lui, à la maison, à Fidjrossê. À l’époque, il n’y avait pas de Air+1. Je ne sais pas si ça a été modifié après mon arrestation.

Là-bas, il m’a dit qu’il avait une mission à me confier. Il m’a dit que c’était un téléphone que je devais aller déposer à Océan FM. Et que le téléphone était à la présidence. Si je suis en prison aujourd’hui, c’est juste à cause du téléphone que j’ai refusé d’aller déposer. Priso a accepté de faire le travail et a pris 2 000 000 F. Priso était logé chez moi. Ce qui est curieux, à l’époque, quand vous appeliez le colonel, il disait d’abord « Sang de Jésus ». C’est à cause de ce côté chrétien que j’ai eu confiance en lui. Mais comment quelqu’un qui dit qu’il est chrétien peut avoir une bouteille de sodabi chez lui avec un contenu rempli de charlatanisme ? Sûrement, si j’avais bu la boisson chez lui ce jour-là, je ne serais pas en vie.

Me Aboubakar Baparapé : pourquoi, quand l’ex-DG de l’ORTB a eu vent de cette affaire, il s’est tourné vers vous au lieu de se tourner vers d’autres services compétents.

Séverin Komassegbô estime que c’est peut-être en raison de leurs relations personnelles que l’ancien directeur AKPAKI s’est tourné vers lui.

Aussi, dans ses propos précédents, le colonel disait avoir mené des diligences.

Me Baparapé a souhaité savoir si ses fonctions de chef de la sécurité du président, cela était de son ressort de se mêler à cette affaire au point de se rendre au domicile de plusieurs personnes liées apparemment à l’affaire et si Priso était son informateur.

Le colonel a dit non

De son côté, Me Olga Anassidé a voulu savoir si Pierre Urbain DANGNIVO allait souvent à la Présidence.

Le colonel dit qu’il n’en a aucune idée. Et si Pierre Urbain DANGNIVO s’y rendait, alors son nom devrait être inscrit dans le registre des visiteurs.

L’avocate de la partie civile demande alors si ce registre peut être retrouvé. « Je ne sais pas », a répondu le colonel…

À la question s’il était au Palais présidentiel le 17 août 2010, le colonel dit oui mais indiqué n’avoir connaissance qu’un certain garde présidentiel ait appelé l’ancien ministre Bernard Lani DAVO pour qu’il remette une somme d’argent au détenu Donatien AMOUSSOU.

Séverin KOUMASSEGBÔ a ajouté avoir reçu une somme de 1 million de FCFA de la part du chef de l’État puisqu’il devait voyager un jour pour Parakou avec le chef de l’État. Ayant appris qu’il était chargé d’un dossier, il (le chef de l’État) lui a demandé de descendre et lui a donc remis les 1 million de FCFA.

Séverin KOUMASSEGBÔ dit ne pas avoir de relation avec ENOCK LAOUROU à l’époque…On lui a demandé pourquoi le président de la République lui a donné la somme de 1 million.

Séverin KOUMASSEGBÔ dit avoir juste gardé cette somme sur lui. Il déclare que le président et lui n’avaient eu aucune discussion concernant cet argent.

Après les différentes dépositions, le président de céans, Guillaume Lally a demandé au Ministère public de vérifier : 

– si l’avenue de la Marina était en chantier en 2010

– que le détenu soit extrait par une équipe pour montrer à quel endroit exactement il s’est battu avec le gendarme Lucien DEGBO à l’époque à la baie des officiers

-qu’il y ait une équipe qui se positionne au niveau du bureau d’Enock LAOUROU pour vérifier si un bruit pourrait être entendu du bureau jusqu’au niveau de la baie

– avoir le PV d’arrestation d’Alofa

– faire venir toutes les feuilles de notes d’audience du palais présidentiel à l’époque pour vérification.

L’audience est suspendue et reprend mercredi prochain 

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