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Liquidation judiciaire de SUSU France : de la levée de fonds à la faillite, l’insurtech s’effondre, la diaspora et les filiales africaines dans l’incertitude

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La lune de miel avec le capital-risque est bel et bien terminée pour SUSU. Malgré une impressionnante collecte de 9 millions de dollars cumulés depuis 2019 auprès d’investisseurs de renom tels qu’INCO Ventures, Al Mada Ventures ou Janngo Capital, la maison-mère de l’insurtech a touché le fond. Le 24 juin dernier, le Tribunal des activités économiques de Lyon a officiellement prononcé la liquidation judiciaire de SUSU FRANCE SAS.

Cette structure, qui opérait depuis l’Hexagone comme courtier adossé à de grands assureurs africains notamment Allianz/Sanlam, SUNU, Finafrica, laisse derrière elle un modèle en plein naufrage et des activités éparpillées dans quatre pays d’Afrique de l’Ouest et centrale : la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Sénégal et la République démocratique du Congo.

En effet, derrière les discours enthousiastes sur la transition numérique de l’assurance santé, la trajectoire financière de l’entreprise s’avérait lourdement déficitaire depuis plusieurs années. SUSU France a enchaîné les exercices dans le rouge, affichant des pertes de 95 366 € en 2022, puis de 324 470 € en 2023. L’année 2024 a quant à elle mis en lumière un sérieux problème de cohérence dans le reporting de la société : le procès-verbal d’assemblée générale déclarait une perte de 329 366 € alors que la liasse fiscale officielle faisait état d’un trou de 455 162 €. Cet écart inexpliqué de plus de 125 000 euros, couplé à un déficit fiscal reportable titanesque de plus de 2,1 millions d’euros fin 2024, montre à quel point les capitaux propres de la structure ne tenaient que par l’injection successive d’argent frais des investisseurs, et absolument pas par sa rentabilité propre.

Ce séisme financier à Lyon fait peser de lourdes incertitudes sur l’avenir des filiales africaines et de la quarantaine de salariés qui y travaillent. Très dépendantes, ces branches locales, à l’instar de SUSU Côte d’Ivoire basée à Abidjan, reversaient notamment 60 000 euros par an à la maison-mère pour l’exploitation de la marque. Alors qu’un passif social auprès de l’URSSAF est évoqué en France, le doute plane désormais sur la régularité des cotisations sociales (CNPS, IPRES, INSS) des employés sur le continent. Au-delà des équipes, ce sont aussi les clients, notamment la diaspora ayant financé des couvertures médicales pour leurs proches restés au pays, qui observent la situation avec inquiétude, s’interrogeant sur la continuité effective de leur protection santé.

L’affaire SUSU dépasse le simple fait divers entrepreneurial et relance le débat crucial sur la gouvernance des startups pensées « pour l’Afrique, depuis l’Hexagone ». Elle illustre le décalage parfois abyssal entre les récits séduisants présentés lors des levées de fonds et la réalité complexe des réglementations locales comme le Code CIMA.

Pour éviter que le capital des investisseurs ne s’évapore et que les assurés africains ne se retrouvent sans couverture, ce dossier démontre la nécessité d’imposer de réels garde-fous : une autonomie financière stricte des filiales, des audits transparents et une présence d’administrateurs indépendants ancrés localement sur le terrain.

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