Au Bénin, l’Assemblée nationale a adopté, jeudi 13 mars dernier, la Loi sur la chefferie traditionnelle qui reconnaît désormais 16 royaumes, 80 chefferies supérieures et 10 chefferies coutumières. Si à priori cette réforme tant souhaitée vise à valoriser et moderniser ces institutions tout en respectant leur place historique dans la société béninoise, il n’en demeure pas moins qu’elle fait l’objet de dénonciation et de contestation depuis son adoption.
Si les uns contestent le fait que leurs entités ne se trouvent pas sur la liste des 16, les autres s’étonnent du fait qu’il n’y ait même pas de trace de certains royaumes sur la liste. C’est le cas du royaume du peuple Guin. Le royaume d’Agoué, qui est pourtant le tout premier royaume du Bénin, n’est pas pris en compte par cette nouvelle loi. Dans une lettre adressée au Président de la République, sa Majesté le roi d’Agoué Sossa FOLLY-AWON Danhouénou s’est offusqué du découpage pris en compte dans cette loi. Si le Président de la Communauté Nationale du Peuple Guin du Bénin (CNPG-Bénin), remercie le Président Patrice Talon pour avoir concédé à la chefferie traditionnelle son caractère sacré après les deux rencontres à la Présidence de la République, avec le Haut Conseil des Rois du Bénin (HCRB), auxquelles il a activement participé, il exprime en revanche son incompréhension quant à l’exclusion de son royaume « je me permets humblement de vous exprimer notre profond regret et nos réticences concernant le vote de la loi portant cadre juridique de la chefferie traditionnelle ».

Le roi d’Agoué considère que ceux qui sont allés sur le terrain, n’ont pas ressorti la vraie réalité. Sinon, souligne-t-il, « le découpage sur la chefferie traditionnelle ne peut pas défavoriser la ville historique d’Agoué. Cette ville étant le premier Royaume du Grand Mono reconnu en 1810 et anciennement appelé Premier Village du Dahomey, doté des 41 divinités du panthéon qu’on retrouve au Palais d’Agoué dans la commune de Grand-Popo. La ville d’Agoué, appelée anciennement premier village du Dahomey, est une référence en termes de royauté au Bénin dont la prise de pierre, qui est à sa 362è édition en 2025, reste un label touristique », a-t-il porté à l’attention du Chef de l’État.

En terme de démonstration, le haut dignitaire a rappelé que tout a commencé à Agoué qui est la cité du peuple Guin du Bénin et le village des Guins surnommé Premier Village du Dahomey. À l’en croire, Agoué a abrité entre autres la première douane du Dahomey, le premier warf du Dahomey, la première place de non-retour, la première école française et la première église catholique de la sous-région ouest-africaine puisque c’est par Agoué que les missionnaires ont découvert le Dahomey, sans oublier la guerre de sécurisation territoriale contre les colons en 1870 et le traité avec les Blancs avait été co-signé le 10 juin 1885, « un traité que nous détenons jusque-là. Il est donc évident que Agoué n’est pas un petit royaume. Aujourd’hui, le Grand Mono n’a eu aucun royaume. Au-delà de la suppression de l’histoire du peuple Guin à travers ce travail, ce texte ne respecte pas véritablement l’histoire et les valeurs ancestrales et traditionnelles du Bénin », a-t-il déploré, insistant sur le rôle fondamental que la chefferie traditionnelle joue dans la préservation de notre patrimoine culturel et la cohésion de notre société. « La manière dont cette loi a été adoptée soulève des interrogations sur la prise en compte des intérêts des différentes communautés, notamment ceux du Peuple Guin. Je vous exhorte humblement à reconsidérer cette loi et à engager un dialogue constructif avec toutes les parties prenantes afin de trouver un compromis qui respecte nos traditions tout en répondant aux exigences modernes. Je crois fermement qu’une approche inclusive est essentielle pour garantir une gouvernance juste et équitable », espère-t-il.
Une loi à polémique !
Sa Majesté le roi d’Agoué Sossa FOLLY-AWON Danhouénou n’est pas le seul qui s’insurge contre ce nouveau découpage. Des députés de l’opposition et de la mouvance, des juristes, des historiens et des chercheurs y ont également relevé des imperfections. C’est le cas de l’honorable Léon Ahossi qui estime que le dossier a été politisé « Vous savez, c’est un dossier éminemment politique. C’est un dossier politique et c’est dommage ce qui s’est passé. Ça n’a pas frustré que les rois et les chefs traditionnels. Ça a frustré même les députés et les bruits de couloirs que nous enregistrons à l’Assemblée sont terribles…cette loi-là crée des dégâts au sein de la mouvance et de l’opposition. On va rassembler nos voix. Je vais le suggérer, pour qu’on demande au chef de l’État une seconde lecture. Il le faut parce que ça dérange plus que ça n’arrange », a indiqué le député des Démocrates dimanche dernier. Dans une intervention, son collègue Kolawolé Djima Ogbom trouve que cette loi pourrait même engendrer de graves problèmes pour le pays puisqu’elle apparaissait comme une « constitution propre aux chefferies traditionnelles », qui aurait dû être soumise à une consultation plus élargie, notamment auprès des chefferies elles-mêmes.
C’est ce que pense également le député du Bloc Républicain, parti de la mouvance. L’honorable Nassirou Arifari Bako a exprimé des réserves sur la manière dont le processus législatif s’est déroulé. Il affirme avoir eu ”le sentiment qu’une certaine technocratie s’est imposée » qui aurait conditionné certains amendements à l’avis de comités techniques. Le professeur Léon Bani Bio Bigou, Commandeur de l’Ordre National du Bénin et spécialiste des traditions et coutumes, abonde dans le même sens. Pour lui, cette loi ne respecte ni l’histoire ni les valeurs ancestrales du pays. À l’en croire, l’État risque d’imposer une organisation administrative à une institution qui repose sur des règles ancestrales bien établies. « Faisons attention pour ne pas créer des tensions inutiles entre nos structures traditionnelles », a-t-il prévenu.
Des récriminations qui donnent raisonà sa Majesté le roi d’Agoué Sossa FOLLY-AWON Danhouénou qui ne comprend pas ce qui justifie l’absence de son royaume sur la liste. Et pourtant, la généalogie des Rois d’Agoué comprend les rois FOLLY-AWON 1810-1821/ 1821-1823, DENYON 1er (1821/1823 )-1832, CATRAYA ou APETOVI fils de COMLANGAN, YAOVI SIKO dit TOYI roi des adjigovis de 1835 à 1844, ΚΡΟΝΤΟΝ de 1844 à 1846, ADOUBATI MASSI HANTO (HANTO-TONA) 1846 à 1858, IKOUMI AGUIDI (SODJI) 1858-1889, AGBESSI ATANHOUNNOUDE ou AHANDE 1889-1895, ATANHOUNDE 1ER 1895-1900, KPONFON de 1946 à 1948, ALBERT AHLINVI ou ATANLE II 1948 à 1960 et SOSSA FOLLY-AWON DANHOUENOU 2015 à nos jours. Mieux, Agoué est doté des 41 divinités du panthéon des Guins
Des preuves incontestables et irréfutables qui prouvent l’existence du royaume d’Agoué et justifient l’indignation de sa Majesté Sossa « Très attaché aux valeurs endogènes comme vous le démontrez chaque jour à travers la labellisation du tourisme béninois via l’organisation des Vodun Days, devenus un évènement planétaire, je vous prie, Excellence Monsieur le Président de la République, de prendre en considération, nos doléances », a écrit le président de la CNPG-Bénin dans sa lettre en date du 21 mars 2025.












