Home Actualité Sahara occidental et rapprochement entre le Kénya et le Maroc : le...

Sahara occidental et rapprochement entre le Kénya et le Maroc : le rôle clé du Groupe OCP

82
0

Le Kénya a récemment annoncé son soutien au plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara occidental, promu par le roi du Maroc. C’était au détour d’une récente visite d’État du Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Kenya, Musalia Mudavadi, au Maroc qui a permis aux deux pays de s’engager dans une relation à long terme, avec des implications qui transcendent le bilatéral.

C’est un revirement spectaculaire. Autrefois opposé au plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara occidental, le Kénya a désormais posé les jalons pour reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, qui dispose d’une ambassade dans la capitale kényane. Derrière ce changement de position, se cache une longue et haute lutte menée par le Palais royal avec le géant des phosphates marocain, désireux d’investir dans le pays.

Si le communiqué conjoint signé par le premier ministre kényan et le chef de la diplomatie marocaine après la récente visite d’État n’officialise clairement pas ce soutien, il reconnaît en revanche le plan d’autonomie proposé par le roi Mohammed VI comme « la seule solution réaliste et crédible » pour résoudre le conflit au Sahara occidental. Un repositionnement salué comme une victoire diplomatique par les autorités marocaines.

En effet, tout est d’abord parti de la visite, en 2024, d’une délégation composée d’une trentaine de diplomates et entrepreneurs marocains au Kénya des officiels kényans, dont les principal secretaries à l’environnement, Festus N’geno et Alfred Ombudo K’Ombudo, alors chargés du commerce. Au cours de cette rencontre, la partie kényane a été encouragée à changer sa position sur le Sahara occidental pour accélérer les possibilités de partenariat entre les deux pays. À ce moment-là, les investisseurs marocains ont estimé que le Kenya dont le principal port, Mombasa, doit comprendre un terminal à grains, comme un possible hub céréalier pour exporter leur production en Afrique de l’Est. Pour accélérer ce rapprochement, le Kénya avait posé comme condition, le soutien au plan d’autonomie proposé par le Maroc.

Mais ce rapprochement entre les deux pays a été possible grâce au rôle clé joué par la marque de Groupe OCP, avec à sa tête Mostafa Terrab. Suite à l’arrestation de plusieurs de ses cadres en 2019, le géant phosphatier s’est progressivement imposé comme un intermédiaire central, en laissant notamment sa filiale africaine pour gérer les négociations entre le Maroc et le Kénya. Une médiation qui a permis aux deux capitales de mettre de côté leurs vieilles querelles pour trouver un terrain d’entente.

Dans cette veine, le président kényan, William Ruto, fidèle à ses engagements de campagne électorale, a souhaité accélérer l’implantation d’une usine du groupe dans son pays. Pour ce faire, Rabat a satisfait à toutes les exigences du président kényan. Celui-ci souhaitait notamment sécuriser l’implication d’un garant financier marocain majeur, selon AfricaIntelligence. À cette fin, la Central Bank of Kenya (CBK) a attribué une licence à l’Attijariwafa Bank, propriété de la holding royale. Pressentie pour financer les activités de ses compatriotes et pour pouvoir opérer dans le pays dès 2026, l’établissement financier doit disposer d’un capital de base de 5 milliards de shillings (39 millions de dollars).

Le déclic est également venu des projets agricoles du Kénya. Selon notre source, l’administration Ruto a d’ores et déjà réservé deux sites appartenant initialement à l’ Agricultural Development Corp (ADC) pour y ériger deux usines d’engrais. En détail, la première sera installée dans son fief d’Eldoret, avec l’aide d’acteurs russes, et la seconde, qui devra être construite par Groupe OCP, à la frontière des comtés de Meru et d’Isiolo, dans le centre du Kenya. Sachant qu’il occupera des terres gouvernementales, le groupe marocain, qui dispose déjà d’une filiale dans le pays, devrait aussi finaliser un accord avec des investisseurs privés kényans, qui contrôleraient jusqu’à 30 % de la filiale locale, conformément à la loi kényane.

Groupe OCP est ainsi devenu le vaisseau amiral des ambitions économiques marocaines dans le pays. Après la rencontre entre Musalia Mudavadi et Chakib Alj, le patron de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), une délégation d’affaires marocaine est attendue à Nairobi au cours des prochains mois. Des éléments clés qui ont permis au Kénya de revoir sa position sur le plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara occidental.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here