Au Bénin, l’actualité socio-politique est mouvementée et presque tout converge vers les élections générales de 2026. Si jusqu’ici le béninois est habitué à ne parler que de la politique au détriment de son mieux-être, si les partis politiques ne proposent rien de concret et parlent que d’élections, il est à noter avec fierté et espoir que le paysage politique du Bénin change de visage, de discours et surtout de paradigme. L’entrée sur la scène politique d’un homme change désormais la perception que les Béninois ont de la politique et des acteurs qui l’animent. Avec ses idées novatrices, sa mentalité toute différente et sa présence sur tous les sujets qui touchent le quotidien des béninois, ce politicien de type nouveau insuffle progressivement une nouvelle dynamique, propose une nouvelle offre politique et surtout met au cœur de ses actions, l’humain. Il a nom Boni Richard Ouorou, politologue mais surtout Président du Mouvement Libéral. Il bouscule les habitudes et sort l’opposition de sa zone de confort. Au cours de cette interview, nous ferons le tour de ce qui fait l’actualité ici et ailleurs et comprendre davantage la vie de son mouvement.
Le Grand Mono : Bonsoir Président.
Boni Richard Ouorou : Bonsoir.
LGM : Alors, dites-nous, pourquoi LIBÉRAL et comment se porte le mouvement face à mutation socio-politique du Bénin ?
BRO : D’abord, comme je l’ai dit, depuis les années 90, nous sommes dans un régime purement libéral, qui est la démocratie. La démocratie est un régime libéral. Donc, libéral aujourd’hui, c’est un peu comme, si vous voulez, concrétiser ce dans quoi nous vivons depuis les années 90 et qui est très mal compris par l’ensemble des populations. C’est pourquoi nous basons beaucoup notre mouvement sur l’éducation des masses, sur les questions politiques, économiques et sociales. Et LIBÉRAL se porte très bien. Ça va !
LGM : De façon basique, que défendez-vous ? Sur quoi repose votre combat au mouvement LIBÉRAL ?
BRO : Il faut dire que, depuis les années 90, nous sommes dans une démocratie libérale, mais qui est tellement mal comprise par l’ensemble des populations. Et même si, en 1990, nous sommes d’accord que ceux qui étaient les promoteurs de cette nouvelle donne-là l’ont compris, cela ne veut pas pour autant dire que l’ensemble de la classe sociale, les Béninois dans leur entièreté, ont compris ce que c’est que la démocratie. Et même si ceux d’avant ont compris, il y a quand même une génération, parce que la démocratie est en ténèbres aujourd’hui. Il y a ceux qui sont nés à partir de 1990, à cette époque-là jusqu’à aujourd’hui, à qui il faut encore essayer de faire une mise à jour de ce dans lequel ils vivent. Par conséquent, nous, notre mouvement, a pour ambition non seulement d’éduquer sur ce que c’est que le libéralisme, donc la démocratie et tous ses contours, mais aussi maintenant de faire valoir, comme on l’appelle, l’opinion des populations sous l’angle du libéralisme. C’est en ça que nous sommes aujourd’hui.
LGM : Lors d’une récente rencontre avec les jeunes libéraux à Godomey, vous avez laissé entendre que votre mouvement est en pleine mutation. De quoi s’agit-il concrètement ?
BRO : En pleine mutation, parce que vous savez, comme tout mouvement qui grandit, nous avons commencé à nous organiser, à nous structurer en partis politiques. Nous sommes en train de faire des démarches dans ce sens et nous espérons que ça puisse aboutir dans les droits des libéraux.
LGM : Vous avez l’espoir que ça pourrait aboutir ?
BRO : Oui, nous sommes dans un pays démocratique, donc nous espérons, nous avons la naïveté de croire que tout ira bien. Vous savez, j’aime aller jusqu’au bout des choses. Je tiens compte de toute la réglementation dans le domaine, de toutes les lois, de tout ce qui m’est demandé, de répondre à toutes les observations qui seront faites par les autorités en charge, et après, on verra. Mais, comme on le dit, en démocratie, nous avons le devoir de toujours donner le bénéfice du doute à nos dirigeants. Donc moi, je crois en la bonne foi des gens, jusqu’à ce qu’à preuve du contraire.
LGM : Aujourd’hui, quelle est la position du LIBÉRAL sur l’échiquier politique béninois ?
BRO : Nous sommes un mouvement qui fait son chemin, qui s’implémente, qui critique bien évidemment le régime en place. Tout le monde nous reconnaît à cela, mais qui aussi propose. Nous ne sommes pas que dans la critique, nous sommes aussi dans la proposition. Donc, si vous voulez, nous sommes un mouvement totalement rangé au centre-gauche. Donc, nous évoluons dans ce sens-là.
LGM : Vous êtes favorable à la suppression des termes « opposition » et « mouvance » dans le vocabulaire politique du Bénin. Souhaitez-vous que l’on parle désormais de la gauche, de la droite, du centre, l’extrême-gauche ou droite comme les grandes démocraties occidentales ?
BRO : Je pense qu’il faut arriver là. Mais surtout, je pense qu’il faut juste nommer les entités par leur nom. Ici, au Bénin, il y a l’UPR, il y a le parti Les Démocrates, il y a le Bloc Républicain. Donc, je pense qu’il ne sert à rien d’être toujours… Parce que, de mon point de vue, ça a rendu déjà complexe un espace politique qui est déjà très complexe. Et maintenant, ça a rangé les gens dans des catégories et qui leur donnent cette légitimité que souvent ils n’ont pas. Parce qu’il y a des partis aujourd’hui qui font des déclarations, par exemple, pour dire qu’ils font des déclarations pour appartenir à l’opposition. Et dès lors, on ne leur demande plus quel est leur programme, sur quoi est-ce que vous vous basez, pourquoi est-ce que vous vous rangez dans l’opposition, on ne leur demande plus rien. Alors, moi, je veux d’abord que les partis, qu’ils soient de l’opposition ou de la mouvance, comme on le dit, se fondent d’abord sur un programme clair et cohérent. Et à partir de ce programme maintenant, vous identifiez les personnes ou les partis qui portent le même programme que vous et vous irez en coalition avec ces partis-là.
Mais on se lève, on dit, parce que tel parti a de la côte, parce qu’il critique l’opposition, si moi-même je me range de son côté, j’aurai de la côte. Alors, on fait des calculs qui sont opportunistes et on se range. Nous, nous ne sommes pas dans cette perspective.
LGM : Alors, vous estimez que l’opposition est amorphe, désorientée, mal équipée en termes de lutte politique. Pourquoi c’est maintenant que vous faites cette remarque ?
BRO : Je l’ai toujours fait parce que, vous voyez, si nous nous disons que nous critiquons le régime en place et que, par moment nous ne faisons pas une introspection, que nous ne nous posons pas les bonnes questions et que nous n’apportons pas les bonnes réponses en notre sein, à nous-mêmes, finalement, ce serait juste un leurre. Or, pour moi, la politique est quelque chose de très sérieux. Je vois qu’aujourd’hui, l’opposition n’a gagné aucun combat pour le peuple béninois. Et quand vous dites ça, on dit, mais vous ne voyez pas les lois qui sont en face ? Les lois ne nous permettent pas de gagner de combat. Mais dans ce cas, à quoi est-ce que vous servez alors ? Ça veut dire que vous ne servez à rien parce que si, déjà, à l’entame, vous estimez que vous ne pouvez rien gagner, donc, laissez tomber ! Vous ne servez à rien parce que, quand on vous dit ça, qu’est-ce qu’ils vous disent ? Mais vous ne voyez pas les lois ? Patrice Talon a tout vissé, c’est pour ça qu’il s ne peuvent pas avancer.
LGM : Et c’est ce que vous reprochez fondamentalement à l’opposition ?
BRO : On vient de me dire que le litre de l’huile d’arachide est à 2000 FCFA et 1800 FCFA par endroits. Ce sont des questions concrètes. Alors, moi, je pense que dans un pays sérieux, après la crise de la Covid-19 qui a plombé notre économie, l’opposition devrait d’abord demander au gouvernement en place, quel est le plan de relance économique ? C’est la première chose par laquelle on commence pour relancer l’économie. Quel est le plan de lutte contre l’inflation ? Parce que ça touche les populations au quotidien. Après la fermeture des usines de M. Sébastien Ajavon par exemple, comment est-ce que on réoriente toutes ces personnes-là qui ont perdu leurs emplois après la fermeture de ces usines parce que ces personnes-là appartiennent à la République. Ce sont nos compatriotes qui, aujourd’hui, se retrouvent au chômage. Alors, est-ce que toutes ces questions-là ne sont pas plus importantes que les questions du code électoral ? Moi, je pense que ces questions-là viennent avant le code électoral parce que si vous voulez aller demander un emploi, vous apportez un CV. La résolution de cette question-là, c’est ça qui est le CV que vous venez montrer aux populations pour dire « renouvelez vos mandats ».
LGM : Pour vous, c’est le rôle des politiciens ?
BRO : Ça doit être le rôle de qui d’autre ? Vous, par exemple, en tant que journaliste, vous ne pouvez pas aller demander au gouvernement quel est son plan de relance. Ça ne vous revient pas. Vous n’avez pas de mandat des populations. Alors, ce sont ceux à qui on a remis nos mandats pour dire « allez, essayez d’arranger notre vie pour nous », c’est à eux.
LGM : Et pour vous, ils ne le font pas ?
BRO : Est-ce que vous pensez qu’ils le font ? Non ! Je ne le vois pas assez. Je pense que c’est sur ça qu’on devrait animer le débat. Quel est le plan de relance économique ? Quel est le plan de la lutte contre l’inflation ? Qu’est-ce qu’on met en place pour telle couche de la population ? Il y a les histoires, par exemple de soja, de maïs, l’agriculture. Aujourd’hui, des douaniers vont mettre des scellés sur des magasins qui appartiennent à des populations. On va saisir le bien privé. C’est ce qui est prioritaire. Alors, pourquoi est-ce qu’on n’en parle pas assez. Donc voilà, là où l’on se situe. J’entends les gens dire, oui, ils viennent ( le mouvement LIBÉRAL) diviser l’opposition. Mais l’opposition est déjà divisée elle-même. Je suis désolé.
LGM : Alors, monsieur Ouorou, avons-nous un système partisan adéquat à la démocratie ?
BRO : Je pense, et je l’ai déjà dit plusieurs fois, qu’il y a un système partisan qui est là en dehors de la loi sur le système partisan parce qu’il faut faire la distinction. Le système partisan, c’est le réseau autour duquel s’articulent les partis politiques, c’est-à-dire comment est-ce que les partis politiques, les idées politiques s’articulent elles-mêmes dans un espace politique. C’est ce qu’on appelle le système partisan. C’est l’étude de ça qu’on appelle le système partisan. Maintenant, il y a une loi sur le système partisan que j’ai décriée plusieurs fois. Que je dis que cette loi-là, elle est taillée sur mesure, elle ne répond pas à la question démocratique. Elle a permis peut-être de dissoudre quelques partis politiques. Et je l’ai dit plusieurs fois, il ne revient pas à un chef d’État fut-il élu démocratiquement, fut-il le chef de l’État qui a beaucoup d’ambition de dire combien de partis politiques est-ce qu’il doit y avoir dans un espace politique. Il ne lui revient pas. Là, on rentre dans l’autoritarisme. Et nous ne voulons pas ça. Il revient au président de la République de dire « j’ai l’ambition que nous réformions l’espace politique ». Ça, nous sommes d’accord. Maintenant, comment est-ce que l’espace politique va se réformer? Il faut laisser la politique elle-même s’organiser. Et au fur et à mesure, l’espace va se réformer. Moi, je pense que pour régler cette question-là, c’est sûr, c’est au niveau du financement des partis politiques. J’ai fait la proposition plusieurs fois.
LGM : On va s’en tenir à cela. Sur l’actualité relative au rejet du budget général de l’État par l’opposition, vous affichez votre désaccord. C’est ça?
BRO : Je n’ai pas affiché mon désaccord sur le rejet parce que je n’ai pas tous les arguments de l’opposition pour rejeter. Mais j’ai écouté juste un audio de M. Habibou Woroucoubou des Démocrates qui disait que l’un des arguments, c’était parce que l’État a voulu rendre gratuit la prise en charge des dialysés seulement pour les fonctionnaires et qu’il faudrait étendre ça à la population entière. Mais, je dis une chose, la prison en charge des dialysés c’est une très bonne chose. Mais il ne faut pas oublier que l’État n’a pas de ressources illimitées. Même si on dit qu’on a fait des croissances, machin et tout, l’État n’a pas de ressources illimitées. Les dépenses liées à la prise en charge des dialysés ne sont pas ponctuelle. Il faut mettre en place un programme de prise en charge des dialysés. Et c’est un programme permanent, qui va se poursuivre sous tous les mandats qui vont venir. Par conséquent, il faut être sûr de pouvoir mettre ça en place efficacement, et être sûr qu’on a des ressources stables, je répète bien, des ressources stables qui permettent chaque année d’allouer ça. Alors, aujourd’hui, qu’est-ce que le gouvernement dit ? Le gouvernement dit, dans la loi de finance 2025, nous allons élargir l’assiette fiscale. Ça veut dire que nous allons accroître la population fiscale. Dans cette croissance de la population fiscale, ça permettra d’aller chercher encore des ressources supplémentaires. Est-ce que c’est dans cette perspective-là qu’ils disent, mais commençons déjà cette année 2025 par les fonctionnaires, parce que nous avons des ressources conséquentes pour que, à partir de l’année prochaine, quand nous allons faire notre élargissement de l’assiette, donc faire avoir une croissance de la population fiscale, nous pourrons avoir assez de ressources supplémentaires pour aller ailleurs. Je n’ai pas lu le projet, je suis en train d’émettre des hypothèses. Aujourd’hui, il ne faut pas oublier que les fonctionnaires payent beaucoup d’impôts. Donc c’est déjà un soulagement pour eux. C’est un début. On a dit, oui, Kérékou a fait ça, Yayi l’a fait. Où est-ce que Yayi Boni a trouvé de l’argent ? Où est-ce que Kérékou a trouvé de l’argent ? Il faut que Yayi Boni nous réponde. Et moi, je veux qu’on me sorte un rapport complet de l’ensemble des personnes qui ont été dialysées sous les régimes de Yayi et de Kérékou pour voir comment est-ce que le programme a été efficace. Il faut faire une étude comparative pour savoir comment est-ce que le programme a été efficace, et avec quelles ressources. C’est pourquoi j’ai envoyé les deux parties dos à dos, et gouvernement, et opposition, pour dire, allez-vous asseoir et discuter. Si le président Yayi Boni qui est un économiste et qui vit encore, s’il sait où est-ce qu’il allait chercher les ressources pour pouvoir maintenir ce programme-là, alors qu’il partage avec ceux qui sont là. C’est comme ça, on gère un pays. On ne va pas dire, parce que eux, ils sont là, et qu’ils font mal, alors on va les laisser. Mais ce ne sont pas eux seuls, ce ne sont pas leurs familles. On parle des béninois. Voilà ce que j’ai dit. Maintenant, sur la question, de façon générale, je n’ai pas de visibilité là-dessus.
LGM : Parlons de vos actions sociales en faveur des populations. Quel est le calendrier pour les populations du sud du Bénin ?
BRO : Je fais beaucoup d’actions au sud. J’en fais, c’est parce que quand je vais au nord, je vais avec des caméras. Mais comme c’est à côté ici, je vais seul. Donc, c’est des petites vidéos. Sinon, j’en fais. Cette rentrée, par exemple, des écoles que la pluie a fait tomber dans la zone du Mono, j’ai envoyé des paquets de ciment et de tôle. Mais c’est pas des choses que tout le temps, il faut mettre. Parce qu’à la fin, quand vous mettez, on vous insulte, quand vous ne mettez pas aussi, on vous insulte.
LGM : Donc, ça va se poursuivre ?
BRO : Mais ça se poursuit. Je ne reste pas qu’au Nord.
LGM : Merci beaucoup. Êtes-vous le joker de l’ombre de Patrice Talon pour les élections?
BRO : Oh, pourquoi est-ce que Patrice Talon laisserait Djogbénou, Wadagni et toutes ces personnes-là pour me faire confiance à moi qui l’a critiqué depuis. Je ne pense pas, il n’y a jamais eu cette discussion entre M. Patrice Talon et moi.
LGM : Si la mouvance vous désigne comme son candidat, allez-vous accepter l’offre politique ?
BRO : Mais pourquoi la mouvance laisserait toutes ces personnes ? Parce que si la mouvance me faisait cette proposition, ça veut dire que la mouvance veut se disloquer. Elle ne va laisser tous ceux qui ont milité pour elle lutter, maté, pendant que nous, on les critiquait, pour venir nous prendre.
LGM : Un mot sur la situation politique en Afrique de l’Ouest avec la poussée de la Russie sur le continent
BRO : Je pense que l’Afrique a beaucoup de chance de s’en sortir si elle se prend en charge très vite parce qu’aujourd’hui, l’Afrique reste encore relativement le continent qui est le moins touché par cette crise économique. Aujourd’hui, quand vous allez même au Canada, l’inflation est à son paroxysme là-bas. La pauvreté a relativement augmenté aussi au Canada. Pourtant, le Canada est un des pays très exemples. Donc je pense que l’Afrique est le pays le moins touché par cette crise économique. Et si nous nous mettons ensemble, sans division, et que nous critiquons, mais en apportant des solutions, que chacun essaie de mettre dans la balance sa science, ce qu’il connaît, je pense que nous pourrions nous développer.
LGM : Nous sommes déjà à la fin, votre mot de fin
BRO : Je demande à tous ceux qui nous soutiennent aujourd’hui de continuer à nous faire confiance. Et même si parfois nous faisons des erreurs et qu’ils remarquent, qu’ils sachent que c’est vraiment de bonne foi. Nous ne serons jamais les perturbateurs ou ceux qui vont venir diviser quoi que ce soit.
Le Grand Mono : Merci beaucoup M. Boni Richard Ouorou
Boni Richard Ouorou : C’est moi qui vous remercie.
Propos recueillis et transcrits par Rollis HOUESSOU.









