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Bénin : Komi Koutché brise le silence et livre ses vérités sur le début de mandat de Romuald Wadagni

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Dans un entretien exclusif avec le quotidien Matin Libre, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Komi Koutché, s’est longuement prononcé sur l’actualité politique nationale, notamment sur l’accession au pouvoir du nouveau président Romuald Wadagni. Fidèle à son style, l’opposant en exil balance entre observations cordiales sur l’homme et analyses critiques de sa gouvernance.

Abordant d’abord le nouveau chef de l’État sous un angle purement individuel, Komi Koutché a tenu à clarifier la nature de leurs rapports. S’ils n’ont « pas été amis auparavant », ils ont conservé des relations très saines depuis l’alternance de 2016 : « nous avons toujours entretenu des relations humaines fondées sur un respect franc et sincère, depuis notre passation de charges en 2016. On se parlait de temps en temps. »

À travers ces différents échanges, l’ancien ministre affirme avoir décelé chez le nouveau président des traits de caractère appréciables : « j’ai perçu chez lui des qualités essentielles : l’authenticité, l’humilité et la sagesse. Pour vous en donner un exemple, il m’appelait « grand frère » jusqu’à ce que je le lui refuse, puisqu’il est mon aîné de trois mois. »

Sur le plan purement politique, Komi Koutché reconnaît à son successeur à l’Économie une posture modérée au cours de la dernière décennie. Il estime qu’il « a certainement été parmi les personnalités les moins clivantes qui ont travaillé aux côtes du President Talon ces 10 dernières années à la tête de notre pays. »

Toutefois, l’opposant émet de profondes réserves quant aux conditions de son arrivée au pouvoir. Évoquant subtilement le contexte électoral, il lâche : « Dans l’absolu, il mériterait mieux d’être le produit d’une élection organisée dans les règles de l’art et non le dépositaire ou bénéficiaire d’un processus dont chacun est conscient de la nature ». S’il refuse de s’y étendre davantage, il conclut néanmoins de manière pragmatique : « Il a les capacités de faire le job, s’il s’en donne les moyens et conserve ses propres qualités personnelles. Il faut bien dans tous les cas que le pays soit dirigé. »

Revenant sur son absence lors de la campagne électorale, Komi Koutché balaie l’idée d’un boycott ciblé et dénonce l’opportunisme de certains ralliements : « Il ne m’a pas abordé dans ce sens, sans doute parce qu’il n’y avait pas d’enjeu ou parce que la machine politique qu’il emprunte le lui a déconseillé. » Il ajoute, cinglant, que la « vague de ralliements de la dernière minute, sous le fameux prétexte ‘’Wadagni n’est pas Talon’’ n’était que de la comédie dépourvue de toute vraie sincérité militante.

Interrogé sur les premiers décrets et les signaux de décrispation émis par le nouveau pouvoir, Komi Koutché invite à la prudence et refuse de s’enflammer. Pour lui, ces actions précoces s’apparentent davantage à de la communication de crise : « Il est encore trop tôt pour porter un jugement. Pour l’instant, il ne s’agit que d’annonces qui participent d’une stratégie de neutralisation des consciences. »

Il utilise une métaphore imagée pour résumer la situation actuelle : « Elles visent à faire baisser les tensions et à donner aux citoyens le sentiment que les choses commencent à changer, le temps pour le gouvernement de déployer progressivement son agenda. C’est dans le genre de maman qui trouve quelque chose pour occuper son bébé qui pleure pour avoir le temps de s’occuper du ménage. »

Sur la question des relations internationales et de la normalisation des rapports avec les pays de la sous-région, l’ex-ministre salue toutefois la démarche, qu’il juge vitale pour l’économie nationale. « Il est dans l’intérêt du Bénin comme des pays concernés que les relations se normalisent. Nos peuples sont liés, et il est absurde de leur faire porter le poids des tensions entre États et autorités », rappelle-t-il.

Selon lui, le président sortant Patrice Talon avait déjà pris conscience que « le Bénin était le principal perdant de cette stratégie contestable de la CEDEAO » sans réussir à inverser la tendance à cause d’une « crise de confiance [qui] avait atteint un niveau presque irréversible. » Pour Komi Koutché, l’arrivée de Romuald Wadagni pourrait être le déclic tant attendu : « Si un changement de visage peut contribuer à améliorer la situation, ce serait déjà une avancée. »

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